Depuis quelques décennies, nous subissons, femmes et hommes, de fortes pressions sociales pour maintenir une silhouette mince, à tout prix. D’ailleurs 70% des femmes et 35% des hommes sont au régime. On a tendance à montrer du doigt les pressions sociales comme étant les uniques responsables de l'incidence croissante de l'anorexie nerveuse et de la boulimie, alors qu'elles ne viennent souvent qu'activer des vulnérabilités déjà existantes chez la personne.

Quand un certain comportement alimentaire devient-il un trouble de l'alimentation? Comprendre ces maladies et leurs causes est essentiel pour prévenir et soigner les personnes qui en sont atteintes et les aider à adopter un style de vie sain.

Que sont les troubles de l'alimentation?

Les troubles de l'alimentation sont des maladies complexes caractérisées par des préoccupations intenses pour l'alimentation, le poids et l'image corporelle, et par des comportements alimentaires anormaux et souvent dangereux (refus systématique de s'alimenter ou vomissements provoqués). Ils coexistent souvent avec d'autres problèmes potentiellement graves comme la dépression, l’anxiété, l’abus d'alcool ou de drogue. Les troubles de l'alimentation vont bien au-delà de la simple «diète hors de contrôle». Ils doivent être traités pour éviter des conséquences sérieuses aux niveaux physique, psychologique et social.

Trois types de troubles de l'alimentation sont reconnus mais certaines personnes peuvent montrer des signes de plus d'un trouble de l'alimentation à la fois:

La boulimie

Le terme boulimie, issu du grec boulimiôn, veut littéralement dire « faim de bœuf ». On parle également d'hyperphagie boulimique, soit le fait de trop manger.

La boulimie nerveuse, un trouble grave, se manifeste par des épisodes d'orgies alimentaires lorsque la personne se sent hors contrôle. Ces excès d'aliments surviennent parfois à la suite de périodes de restriction alimentaire ou privation calorique qui peuvent s'échelonner sur plusieurs jours. Souvent accompagnées par un sentiment de honte ou de culpabilité, les orgies alimentaires sont fréquemment suivies par des vomissements et/ou par l'usage de laxatifs et/ou de diurétiques visant à éviter un gain de poids. On appelle ces actes compensatoires des purges.

Les purges donnent l'impression à la personne de reprendre le contrôle sur elle-même, mais lui font en fait perdre le contrôle parce qu'elles permettent de se déculpabiliser par rapport aux excès alimentaires. En plus d'être dangereuses, elles ne sont d'aucune utilité réelle et plus nocives que bénéfiques à long terme.

L'hyperphagie boulimique

L'hyperphagie boulimique est un trouble caractérisé par des épisodes d'orgie alimentaire, sans geste compensatoire, suivis de sentiments de honte et de culpabilité. Le syndrome d'hyperphagie, le fait de trop manger, est souvent lié aux régimes amaigrissants et/ou à la dépression.

L'anorexie nerveuse

Concrètement, l'anorexie nerveuse est caractérisée par un refus de maintenir un poids normal, pour l'âge et la taille. La personne souffrant d'anorexie nerveuse a peur de devenir obèse et s'astreint donc à suivre des régimes très restrictifs, parfois ponctués d'épisodes de boulimie et de purges. La personne souffrant d'anorexie s'obligera par exemple à ne consommer que 200 calories par jour, soit environ 10 fois moins que l'apport normal conseillé.

La personne anorexique vit toujours sa phobie de la prise de poids lorsqu'elle maigrit, parce qu'elle a une perception défaillante de son image corporelle, c'est-à-dire qu'elle se verra toujours plus « grosse » qu'elle ne l'est en réalité.

Les symptômes

Boulimie nerveuse

  • Épisodes de compulsion alimentaire
  • Comportements de purge
  • Fréquentes sautes d'humeur, irritabilité
  • Retrait ou isolement
  • Impulsivité ou actions sans égard pour les conséquences

Anorexie nerveuse

  • Perte de poids significative
  • Peur intense de la prise du poids ou de la perte de contrôle de la prise du poids
  • Préoccupations et obsessions par rapport aux aliments à faible teneur en gras/calories
  • Apparition de rituels et d'habitudes alimentaires particulières
  • Exercices excessifs

Qui en est atteint?

Les troubles de l'alimentation apparaissent généralement au cours de l'adolescence ou au début de l'âge adulte et sont plus communs chez les jeunes des sociétés industrialisées.

Les troubles de l'alimentation affectent plus les filles et les femmes que les garçons et les hommes. Les hommes représentent environ 10% des personnes affectées.

Au Québec, le taux des troubles de l'alimentation chez les femmes et les filles âgées de 13 à 30 ans est d'environ 3% (30 000 personnes). Ce chiffre peut tripler si on ajoute les formes partielles de ces troubles, qui ont néanmoins un impact significatif sur ceux qui en souffrent.
Les experts s'entendent pour dire qu'il y a de plus en plus de personnes aux prises avec des troubles de l'alimentation. Si les statistiques permettent de dégager une incidence plus élevée chez les femmes occidentales d'âge scolaire, par exemple, il est aussi vrai que nul n'est à l'abri des troubles de l’alimentation.

  • Les troubles de l'alimentation surviennent même dans les pays en voie de développement, bien qu'ils soient plus présents dans les sociétés industrialisées.
  • Ils touchent de façon égale toutes les classes socio-économiques.
  • Les populations noires et asiatiques sont toutefois les moins touchées, mais le risque n'est jamais nul

Les causes

Les troubles de l'alimentation seraient causés par une combinaison de facteurs de risques biologiques, psychologiques et sociaux.

Les facteurs biologiques

Ils incluent, entre autres : l'hérédité, les antécédents familiaux de dépression, d'anxiété, de troubles de l'alimentation et les problèmes de poids.

Plusieurs recherches ont permis de démontrer le rôle des facteurs génétiques dans les troubles de l'alimentation. En effet, ils sont clairement transmis à l'intérieur d'une famille, c'est-à-dire que l'hérédité y joue un rôle. Or, ces données ne peuvent prouver que le trouble de l'alimentation est transmis automatiquement de mère en fille, mais permettent de dire qu'il peut y avoir transmission de traits de tempérament ou d'une vulnérabilité à d'autres perturbations qui augmenteraient le risque de développer un tel trouble.

Certaines anomalies au niveau des neurotransmetteurs régulant l'appétit et l'humeur, auraient une influence sur le développement des troubles alimentaires. Les chercheurs au Douglas réalisent actuellement des études de pointe sur la question.

En plus de leurs recherches sur les neurotransmetteurs, les chercheurs du Groupe de recherche sur les troubles de l'alimentation s'intéressent aussi aux facteurs génétiques et à l'activité cérébrale des personnes atteintes de troubles de l'alimentation.

Les facteurs sociaux

Ils incluent, entre autres : les relations difficiles avec la famille ou groupe de pairs, un manque de soutien, la tendance à juger de la valeur d'une personne selon son apparence physique, les sports et les occupations axées sur l'apparence et le poids, et les pressions socioculturelles envers la minceur.

On a toujours véhiculé un modèle idéal de beauté, mais avec les années, ce modèle est devenu de plus en plus mince, voire maigre. Les médias contribuent à véhiculer plusieurs clichés et normes qui font pression sur les femmes et les poussent souvent à suivre des régimes draconiens néfastes pour leur santé.

Le culte de la minceur s'inscrit dans une stratégie de mise en marché de plusieurs billions de dollars. La femme doit paraître soumise : on valorise la femme-objet, fragile et dépendante. Bref, ces idéaux de minceur sont des outils marketing qui permettent de faire rouler une industrie prolifique.

Les pressions sociales sont davantage liées aux différentes formes de boulimie, plutôt qu'à l'anorexie. En effet, c'est un trouble qui semble avoir augmenté sensiblement au cours des dernières années et qui serait plus localisés dans les sociétés industrialisées. L'anorexie en revanche est présente partout, sur tous les continents et depuis très longtemps; on y associe donc moins les facteurs sociaux comme cause

Les régimes
Les médias diffusent énormément de publicité quant aux fameux régimes miracles et autres diètes infaillibles. En fait, dans le cas des personnes dont les prédispositions génétiques sont favorables aux troubles de l'alimentation, les régimes agiront souvent en tant que déclencheur du trouble. Le premier geste à poser est sans doute d'arrêter les régimes.

Les régimes ont aussi un effet physique néfaste : Un régime modéré de 3 semaines altère les fonctions cérébrales et réduit les substances qui contrôlent l'humeur, la pensée, et la satiété.

L'influence familiale
Le Academy of Eating Disorders (2010) admet que les facteurs familiaux peuvent jouer un rôle dans l'apparition et le maintien d'un trouble de l'alimentation, mais qu'ils ne sont  en aucun cas la cause unique ni même principale du développement d'un trouble de l'alimentation.

Les facteurs psychologiques

Ils incluent, entre autres : une faible estime de soi, la sensation de ne pas être à la hauteur, le manque de contrôle, la solitude et la colère. Certaines tendances sont souvent rencontrées chez des personnes aux prises avec un trouble de l'alimentation :

  • Méfiance
  • Insécurité
  • Confusion
  • Dépression
  • Perfectionnisme
  • Peur de la maturité
  • Estime de soi instable
  • Sentiment d'inefficacité
  • Compulsivité, Impulsivité
  • Abus de drogues et d'alcool
  • Anxiété; problèmes d'humeur
  • Recherche des sensations fortes
  • Incapacité à identifier les émotions
  • Préférence pour l'ordre, le contrôle
  • Hypersensibilité à l'opinion des autres
  • Besoin de reconnaissance ou d'approbation
  • Tendance à surestimer la taille de la silhouette
  • Perception de la minceur comme moyen de valorisation de soi
  • Perception de la sous-alimentation comme moyen de se contrôler

Certains traits de personnalité diffèrent selon que l'on parle d'anorexie de type purement restrictif ou d'autres formes de troubles de l'alimentation. De façon schématisée, on pourrait concevoir la distribution de ces traits selon le type de trouble.

L'axe au centre représente les traits de personnalité. Les personnes atteintes de troubles de l'alimentation sont dispersées sur cet axe et leur personnalité varie entre l'un et l'autre des modèles typiques présentés ici (Liste de traits aux extrémités).

Notons toutefois que les personnes souffrant du type restrictif d'anorexie présentent majoritairement les traits listés à l'extrémité X.

Les conséquences

Conséquences psychologiques

  • Anxiété
  • Impulsivité
  • Repli sur soi
  • Perturbation du sommeil
  • Pensées obsessionnelles
  • Changements émotionnels
  • Problèmes de concentration
  • Préoccupations alimentaires
  • Humeur dépressive, irritabilité
  • Capacités intellectuelles détériorées.

Conséquences physiques

Anorexie

Boulimie

Signes généraux
  • Amaigrissement
  • Hyperactivité
  • Perte de cheveux
Signes cutanés
  • Lanugo (duvet)
  • Acrocyanose (coloration bleue des extrémités)
  • Teint carotinémique (teint orangé)
Autres signes
  • Changements hormonaux et ostéoporose
  • Dérèglement des électrolytes
  • Ralentissement du rythme des battements cardiaques
  • Arythmie
  • Anémie
  • Système reproducteur
  • Arrêt des menstruations
  • Complications obstétriques
Signes oraux
  • Glandes salivaires enflées
  • Caries dentaires
  • Érosion dentaire
  • Gencives sanglantes
Signes cardio-vasculaires
  • Hypotension
  • Arythmies
Signes digestifs
  • Inflammation de l'œsophage
  • Sang dans les vomissements
Autres signes
  • Taux de complications obstétriques plus élevé

 

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