Passer directement au contenu

Réponses d'experts
Diagnostic

Quels sont les signes de troubles psychotiques chez un jeune adolescent?

Notre travail porte précisément là-dessus. Il y a deux indices très importants à surveiller:

  • un comportement de retrait total
  • un changement drastique des habitudes de sommeil

D'abord, la plupart des gens qui vivent une psychose vont présenter des changements de comportement. Ils seront plus réservés. Ils pourront se montrer plus sombres ou irritables. Quand apparaîtront les symptômes de psychose, ils n'en parleront probablement à personne. Personne n'a envie de dire qu'il ou elle vit des émotions étranges. En ce qui a trait aux comportements, nous conseillons habituellement aux familles d'être attentives aux adolescents qui se replient entièrement sur eux-mêmes. Ces jeunes rompent non seulement avec leurs parents (ce qui fait partie de l'adolescence et n'est pas inhabituel en soi), mais aussi avec leurs camarades. C'est un indice que quelque chose ne va vraiment pas. Ils restent éveillés toute la nuit et dorment toute la journée. Ils deviennent très irritables et perdent facilement patience. Ce sont autant de signes que le jeune a besoin de parler à un professionnel.
-Ashok Malla, M.D. École Mini Psy 2006

La schizophrénie peut-elle être détectée chez les enfants? Dans l’affirmative, en quoi le traitement diffèrerait-il de celui d’un adulte?

Il existe ce que nous appelons la « schizophrénie infantile ». Il est donc possible, dès six ou sept ans, de déceler la schizophrénie chez les enfants. Mais cela est extrêmement rare. Le problème c'est que les enfants rêvent, imaginent, jouent, etc. Il devient par conséquent extrêmement difficile de diagnostiquer la schizophrénie chez les enfants. J’ai vu beaucoup d’enfants venir me voir en disant : «J’ai vu ceci et cela.» Mais sachant ce qu’est la psychose, je m’amuse avec eux et il s’avère, dans la plupart des cas, que ce ne sont pas des symptômes de psychose. J’ai vu beaucoup de jeunes de 15 ans souffrant de schizophrénie psychotique, mais âgés de 12 ans ou moins, pratiquement jamais; il en existe pourtant, mais cela est rare.

Le traitement au Ritalin peut lui-même causer des hallucinations, puisqu'il augmente les niveaux de dopamine. Cela ne veut pas dire que le Ritalin est un mauvais médicament. Mais s'il n'est pas prescrit adéquatement, il peut causer des effets secondaires. Son utilisation doit être contrôlée.

Je n’ai aucune expérience en matière de traitement des troubles psychotiques chez les enfants. Selon ce que j’ai pu lire, je sais qu’ils utilisent exactement les mêmes médicaments que pour les adultes mais probablement à des doses moindres. Je peux dire également que ces formes de schizophrénie infantile sont très graves, et dans la plupart des cas, compromet grandement le fonctionnement et le développement des enfants. Imaginez le développement d’un enfant qui présente des signes de schizophrénie à l’âge de six ans : c’est la période à laquelle nous allons à l’école, où nous développons des aptitudes sociales, etc. C’est à cette période que sont posées les fondations de tout être humain et tout à coup survient quelque chose comme cela; le développement ne peut qu’en être fortement compromis. Mais je reconnais ne pas avoir suffisamment d’expérience pour parler réellement de ce sujet.
-Ridha Joober, M.D., Ph.D., École Mini Psy 2009

Si les familles amorcent une demande d'aide, pourquoi est-il si difficile de les impliquer dans l'intervention?

Lorsque je donne des conférences, ici ou aux États-Unis, cette question est celle qu'on me pose le plus souvent. Pour y répondre, il faut passer par la notion d'intention. L'intention du clinicien est d'aider le patient à s'améliorer. L'intention de la famille est de demeurer impliquée et de trouver la meilleure aide possible pour ce membre de leur famille. Si ces intentions sont claires, pourquoi devrait-il y avoir des obstacles?

Par contre, il est évident que nous ne voulons pas discuter avec les familles de choses que les patients nous disent  confidentiellement et qui ne sont pas pertinentes au traitement. Mais si un patient admet vouloir se tuer, cela concerne tout le monde. Si un patient déclare qu'il ne veut pas de traitement, un clinicien peut quand même inviter sa famille à des sessions à caractère éducatif. Lorsque survient une crise, il est utile d'avoir déjà établi un rapport avec un clinicien, puisque cela permet d'épargner du temps au moment de l'admission.
-Ashok Malla, M.D., École Mini Psy 2006

J'ai lu que les patients schizophrènes présentaient des niveaux élevés de dopamine. Est-ce une cause ou une conséquence de la maladie?

Je crois que la schizophrénie est beaucoup plus complexe qu'un simple excès de dopamine. Il s'agit d'un trouble du développement du cerveau. Les symptômes les plus durables et les plus pénibles de la schizophrénie sont :

  • une absence de motivation
  • pas de planification de l'avenir
  • une résistance à sortir avec des amis et à tisser les liens sociaux

Quant à la dopamine, elle est surtout associée aux symptômes psychotiques: les délires et hallucinations. Abaisser le niveau de dopamine dans le cerveau permet de traiter ces hallucinations et ces délires.
-Ridha Joober, M.D., Ph.D., École Mini Psy 2006

Pourriez-vous définir la schizophrénie résiduelle. Comment la traite-t-on?

On parle de schizophrénie résiduelle quand un traitement a permis d'améliorer le trouble, mais que la personne vit encore avec de légers symptômes. Il s'agit la plupart du temps de symptômes négatifs, comme un manque de motivation ou de planification pour l'avenir. Ces symptômes résiduels peuvent être traités par l'intervention psychosociale et en aidant le patient à reprendre ses activités normales.
-Ridha Joober, M.D., Ph.D., École Mini Psy 2006

Y a-t-il de l'espoir pour les gens atteints de schizophénie qui ont passé la trentaine?

Il y a de l'espoir pour tout le monde. Si une personne est malade depuis longtemps et qu'elle n'est pas satisfaite de sa situation présente, elle ne devrait pas hésiter à demander une nouvelle évaluation. De nouveaux traitements apparaissent régulièrement. Les derniers dix ans ont vu apparaître de nouveaux médicaments beaucoup plus efficaces, notamment la clozapine. On note également des variations dans les réactions des gens à la médication. Quelqu'un réagira bien à un médicament mais pas à un autre; nous ne savons vraiment pas pourquoi. Il peut arriver que quelqu'un ne progresse pas bien, non parce que le patient n'est pas traité mais parce qu'il est sur-traité. N'hésitez pas à consulter un autre spécialiste du domaine si les choses ne vont pas bien pour vous.

En savoir plus :
path
send
share
share